Un jour, il n'y a pas très longtemps,
nous palabrions comme nous aimons le faire...
Je lui faisais, maladroitement, mon éloge de l'ennui.
Mes mots parvenaient avec peine à exprimer
ces moments que je redécouvrais
et qui me ramenaient à la créativité de l'enfance.
Mireille, cette magicienne, a sondé mes pensées
et a écrit ça:
"L'ennui tient à ma solitude
comme l'ombre tient au soleil,
comme elle il se déplace;
glaise mouvante qui pétrit ma pensée,
pigmente mes gestes.
Il habite le manque,
en fertilise les abords
et me laisse libre
d'orner à sa guise les lisières de l'absence.
Rien de plus intime que l'ennui,
rien de plus fantasque que lui.
Messager méconnu dont j'aime le mystère,
coursier tenu en laisse que ma patience libère.
Car, toujours, l'ennui me porte en un rivage, une orée, un seuil.
Point de rupture ou de rencontre.
Point de croix ou de riz."
Mireille Vernet